UNE HISTOIRE COURTE DU TAROT DE MARSEILLE, L’ESSENTIEL DE CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR

Avertissement : cet exposé n’a nullement l’intention d’être exhaustif, certains spécialistes du TDM continuent encore de chercher les origines exactes ainsi que d’identifier la personne ou le groupe de personnes qui l’ont créé dans sa forme actuelle.

Préambule :

De  mes nombreuses recherches sur les origines du Tarot de Marseille, une évidence finit par émerger : Les arcanes majeures et mineures du Tarot de Marseille ont chacune une origine bien distincte qu’on ne peut confondre. En effet je tiens dans ces pages à mettre l’accent sur ces origines. Le Tarot est une création originale qui ne vient pas de nulle part, comme un enfant, il est né d’un père et d’une mère, il a été engendré :

  1. Par la tradition des jeux de cartes naïbes et,
  2. Par les « triomphes », cartes ornementales souvent commanditées par des nobles ou mécènes pour leur ravissement personnel.
Endos de cartes à jouer naïbesTriomphi ornemental tarot Charles VI

 

I. Les origines de la structure des arcanes mineures du Tarot de Marseille

Les naïbes issus des jeux de cartes Maures et Mamelouks sont d’origine orientale et furent introduits en Occident à compter du XIIIème siècle. Ils sont les ancêtres de tous les jeux de cartes usuels que nous connaissons aujourd’hui. A l’origine, ces jeux avaient 48 ou 56 cartes, ils contenaient les cartes numérales de 1 à 9 ou 10, plus, pour le jeu égyptien des Mamelouks les personnages de la cour, appelés aussi « honneurs » : Roi, Vice Roi, Deuxième vice Roi, dans la culture occidentale Européenne, les honneurs sont devenus : Valet, Roi, Cavalier puis à partir du Tarot de Charles VI et sous l’influence de la tradition de l’amour courtois : Valet, Dame, Roi,  Cavalier.. Le Cavalier quand à lui, s’il est resté dans les cartes divinatoires, a fini par disparaître des jeux de 32 cartes et par se faire remplacer par le Joker dans les jeux de 52 cartes.

Quant aux divisions des cartes Naïbes, elles ont été identiquement conservées telles quelles dans les 4 divisions latines des arcanes mineures du TDM : Coupe, Epée, Bâton, Deniers – conservées également pendant un temps dans les cartes à jouer, avant d’être remplacées par d’autres enseignes, exemple; dans les pays germaniques, la suite est devenue : Coeur, Glands, Grelots, Feuilles. Les cartes à jouer italiennes (qui servent à jouer à la scopa) ou certaines cartes à jouer espagnoles ont toutefois conservées les divisons originelles dans certains jeux de cartes : Coupe, Epée, Bâton, Deniers tandis que les autres pays ont préférés opter pour « les couleurs » de l’enseigne Française : la Coupe devient le Coeur (référence au Saint Graal), l’Epée devient les Piques (qui sont aussi des armes pointues et en métal), le Bâton devient le Carreau (munition de l’arbalète taillée à partir du bois), et les Deniers, pièces de monnaie en métal or ou argent- deviennent les Trèfles, autre symboles de prospérité, pour certains cartomanciens originaires des pays anglo-saxons, le trèfle remplace le bâton (et non pas les deniers) et le carreau appelé « Diamond » soit « Diamant » remplacent les deniers (en lieu et place de Bâton).

Les enseignes françaises dans le domaine des cartes à jouer sont devenues la norme standard internationale, les jeux de cartes les plus populaires comme le Bridge ou le Poker, les utilisent. Vous remarquerez en observant les cartes ci-dessous l’analogie évidente entre les  as du TDM et ceux des cartes à jouer de l’enseigne Française :

As de CoupeAs d'EpéeAs de Denier

 

As de coeurAs de piqueAs de carreauAs de trèfle

 

II. Origines des arcanes majeures ou « Triomphes »

Il existe de nombreuses théories farfelues concernant les origines de l’imagerie du TDM, elles sont tellement nombreuses et ridicules qu’il serait vain et inutile de toutes les exposer, je n’ai donc retenu que les théories de loin les plus probables et intéressantes.

a) La Théorie Egyptienne, le Livre de Thot

Antoine Court de GébelinAntoine Court de Gébelin, un occultiste Français, Franc-Maçon, né en 1725 et mort en 1784, étudia le symbolisme des lames majeures du Tarot durant sa vie. Dans le 8ème volume de son essai, Le Monde Primitif, analysé et comparé avec le monde moderne (publié en 1781), il avance la théorie selon laquelle le Tarot exprimerait une connaissance occulte et cachée par les anciens dont le savoir serait issu de l’Egypte ancienne, savoir qui aurait été concentré dans le fameux livre de Thot, célèbre livre égyptien écrit par Hermès Trismégiste.

Cet enseignement transmis dans un langage proche des hiéroglyphes et gravé sur 78 tablettes d’or pur aurait eu des pouvoirs magiques et aurait échappé à l’incendie qui ravagea la bibliothèque d’Alexandrie détruisant des milliers d’ouvrages. Sur le plan étymologique le mot serait égyptien et signifierait « La voie royale », car « Ta » signifiant « voie » et « Ros », « Royal ».
Une remarque me vient à l’esprit concernant la prétendue influence égyptienne dans l’imagerie du TDM : il ne peut s’agir que de certaines lames majeures, car en effet il reste toujours le problème des lames qui ont une symbolique propre au moyen-âge Occidental du XIIème siècle…
Il faut toutefois concéder à Court de Gébelin, que ses travaux ont contribué à lancer l’utilisation du tarot comme outil de divination, même si cette mode du Tarot divinatoire sera plus sérieusement lancée par le perruquier Alliette, alias Eteilla, en 1781.

Extrait du livre de ThotHermes Trismesgistes,initiateur de l'alchimie et auteur du livre de ThotJean Baptiste Alliette dit Etteilla, occultiste à l'origine de la mode du tarot divinatoire

 

b) La variante « Bohémienne »

Papus, auteur du Tarot des bohémiensL’occultiste Gérard Encausse dit Papus né en 1865 et mort en 1916, dans son ouvrage « Le Tarot des Bohémiens », attribua lui aussi la paternité du « Tarot de Marseille » (c’est dans cet ouvrage pour la première fois que l’appellation sera utilisée) aux égyptiens mais prétendit que ce sont les bohémiens qui l’ont amené en Europe. Ici encore cette thèse a été maintes fois démentie. Papus est l’auteur d’un très beau Tarot proche de celui de Marseille, mais appelé « Tarot des Bohémiens“, dont les personnages sont égyptiens dans une structure cabalistique.

 

c) La Théorie des Templiers

L’arrivée en Europe du Tarot se serait faite grâce aux Templiers qui au XIII ème siècle eurent des contacts avec les grands savants Juifs et Arabes, d’autre part l’Ordre du Temple regroupait une élite initiée qui avait eu accès en Terre Sainte, à des connaissances majeures. Il y a dans l’arcane XIII, l’arcane dite « sans nom » une référence aux croisades : la mort qui fauche sur les terrains des Croisades les têtes couronnées, les nobles aussi bien que les gueux : la grande faucheuse emporte tout le monde, les petits comme les puissants.

 

 

d) La Théorie de l’Ordre de Saint-Victor

Jean CassienPhilippe Camouin, a déclaré en 1999 avoir peut-être découvert les origines définitives du Tarot de Marseille, après des années de recherche. Selon lui ce serait le moine Jean Cassien, fondateur de l’abbaye de Saint-Victor à Marseille en l’an 400 après J-C  arrivant  d’Egypte aurait  contribué à transmettre à l’Europe Occidentale les enseignements secrets d’une doctrine fortement influencée par Origène. Ce serait l’ordre de Saint-Victor qui dans les années 1000, règne sur tout le territoire où l’on retrouvera plus tard les plus vieux tarots et les plus vieilles mentions du Tarot. Il s’agit du Nord de l’Italie, du Nord de l’Espagne et le Sud de la France, territoires sur lesquels fleuriront les Cathares et les Templiers. Philippe Camouin met en garde ses propres étudiants sur le fait qu’il ne s’agit que d’une théorie qui n’a à ce jour aucune reconnaissance historique officielle. A prendre donc avec les précautions qui s’imposent…

OrigèneAbbaye de Saint-Victor

 

e) La théorie de Kris Hadar (de loin la plus probable)

Kris HadarKris Hadar, qui est l’auteur d’une remarquable restauration du Tarot de Marseille (restauration juste un peu antérieure à celle de Camouin/Jodorowski, et qui est de loin davantage plus crédible que la seconde), réfute toutes les thèses énumérées ci-dessus.
Pour lui, le Tarot de Marseille originel, prend racine au XII ème siècle, et la symbolique de ses lames majeures tirent leur inspiration dans le Premier Testament, dans les Évangiles, dans la mystique de la Cabale, dans d’autres cultures rapportées et synthétisées par des traducteurs hébreux ainsi que dans la tradition du Fin’amor, « l’amour courtois », rapportée dans des chants et des poèmes des troubadours. Pour les troubadours, l’amour courtois, c’est la quête de la Dame et trouver sa Dame, c’est trouver son âme : mettez le Bateleur de la Carte du Monde et vous comprendrez aisément.

Arcane du Mat

Le troubadour cherche

Arcane du Monde

sa dame soit son âme

 

III. L’apparition des premiers Tarots de la famille des Tarots de Marseille en Italie du Nord

1) Le Tarot de Charles VI retrouvé à la cour de Bologne ou Ferrare, Italie, date : 1393

Charles VI portraitLe premier des Tarots dit de la tradition de Marseille à avoir été retrouvé, est incomplet, en effet, seules les arcanes majeures ont subsisté, sur 22 arcanes, 17 seulement ont survécu et aucune arcane mineure n’a été retrouvée. Il s’agit d »un Tarot de la tradition dite de « Marseille » commandé pour Charles VI, bien que celui-ci décéda avant que Jacquemin Gringonneur, l’illustrateur chargé de le concevoir n’eut achevé son oeuvre. On ne connait pas le nom du maître cartier qui a été chargé de son élaboration. Si ce jeu est le plus ancien retrouvé, il n’est pas le premier Tarot De Marseille élaboré, loin de là puisque qu’il est presque acquis que Gringonneur se soit inspiré de jeux de Tarots en vigueur en France ainsi que ceux que les Français auraient amenés dans les cours aristocratiques des villes italiennes.

2) Le Tarot des Visconti-Sforza : 1450

Le Tarot des Visconti-Sforza est le premier jeu de tarot complet qui fut retrouvé. Il est apparu en Italie du Nord au milieu du XV ème siècle et aurait été une commande de l’aristocrate Visconti-Sforza à l’artiste Italien Bénifacio Bambo. Il fait partie des 239 tarots dit « princiers ». En plus d’être peintes à la main, les cartes sont enluminées or, elles sont de grandes tailles, ce qui laisse penser qu’elles ne servaient pas à jouer et que leur fonction pouvait donc être uniquement décoratives ou peut-être servaient-elles à des fins divinatoires ?

Portrait de Francisco Sforza par Benificio Bambo

Les Tarots de Charles VI et ceux des Visconti-Sforza, appelés à leur époque « Tarocchi » sont parfois considérés aujourd’hui à tort, par certains historiens, comme les ancêtres des Tarots de Marseille, en quelque sorte, des proto-Tarots de Marseille.

3) De 1450 à 1700 : un trou de 250 ans dans l’histoire des Tarots de Marseille, en France.

Si de nos jours, on a retrouvé très peu de Tarots de Marseille élaborés en France, durant la période de 1450 à 1700 c’est tout simplement dû à une loi du 17 Mars 1703 qui interdît  aux maîtres cartiers d’imprimer des jeux de Tarots antérieurs à cette date pour la raison que les honneurs (Valet, Dame, Roi, Cavalier) étaient représentés par des portraits de vrais souverains au pouvoir au moment où les jeux était élaborés.

Pour faire simple : il semble que Louis XIV ou son entourage royal n’appréciaient guère le fait que sa cour et son peuple utilisa  un jeu de cartes aux effigies de ses prédécesseurs et ancêtres : les maîtres cartiers français ont dû fabriquer des jeux de Tarots sans portraits, ce qui provoqua du côté des particuliers leur destruction pure et simple car il devait sans doute être mal vu et dangereux pour eux d’utiliser ces jeux de cartes portraiturés.

4) Le Tarot de Marseille est forcément d’origine française et aurait inspiré les jeux de tarots italiens.

Le Tarot de Marseille n’est pas apparu comme par magie en Italie du Nord en 1393 ni en 1450, car en effet  on retrouve bel et bien  des documents divers mentionnant le tarot en France avant 1393, de plus ce sont très probablement les français qui l’ont introduit en Italie par le Roi René Ier d’Anjou qui devint Roi de Naples en 1435. Le Tarot de Marseille bien qu’on pense qu’il ne soit pas né à Marseille précisément est toutefois bien une création française et non pas italienne ou espagnole.

5) Les Tarots de Marseille ne seraient pas à l’origine, des cartes à jouer, un jeu de patience, ou des jeux d’argent. (Cette opinion n’est pas partagée par tous les spécialistes, loin de là).

Plus on étudie les Tarots de Marseille, plus on en vient à cette conclusion : ce ne pouvait être des cartes à jouer même en prenant en considération que les 22 lames auraient pu servir d’atouts  aux 56 autres cartes et  s’il y aurait eu un jeu de cartes avec les tarots autrefois, ce dernier devait être diablement compliqué au point de pas être très populaire et donc de disparaître avant notre époque. Aucun livret ni écrit mentionnant des règles de jeu n’ont été retrouvés.

Un jeu de patience ? Peu probable car on ne peut utiliser que les cartes numérales et les honneurs mais pas les lames majeures. Un outil divinatoire ? Cette fonction a été popularisée par Jean-Baptiste Alliette dit Etteilla vers 1781, lequel publia de son vivant sa propre version du Tarot de Marseille, sous influence de l’égyptologie.

A quoi donc servaient les Tarots dit de Marseille avant 1781 ?

Kris Hadar dans les années 1970 De plus en plus de spécialistes du Tarot dont Kris Hadar tendent à penser que les Tarots servaient tantôt d’ornements à contempler ou méditer comme dans les Tarots des Visconti-Sforza en Italie ou pour les Tarots Français, des jeux de rôles sensés faire naître une réflexion personnelle sur le cheminement spirituel de tout à chacun, en somme une méthode de développement personnel avant que cela en devienne la mode plus tard au XX ème siècle. On peut adhérer facilement à cette théorie car Alexandro Jodorowsky, dans son ouvrage « La voie du Tarot » a bien démontré que la progression numérique des arcanes mineures et majeures avait un rapport avec un cheminement, une progression, une quête, cela devient évident quand on suit cette progression sous forme de « Mandala », de dessins, de vues d’ensembles, que constituent les arcanes quand on les dispose d’une certaine façon. Jodorowsky a pris la liberté cependant de placer l’arcane sans numéro « Le Mat » devant le Bateleur, ainsi le pèlerin part vers une quête, et la trouve en la femme de la mandorle ou la carte du Monde, la dernière numérotée 21.

IV. HISTORICITE DES TAROTS DE MARSEILLE DE 1393 AUX TAROTS DE MARSEILLE DE PAUL MARTEAU

Dans cet historique, j’utilise les expressions TDM pour les tarots historiques de cette tradition, les expressions « Tarot Français » ou « Tarot Italien » pour des tarots qui s’en rapprochent, je souligne aussi les villes où les Tarots ont été imprimés car même les TDM n’ont pas toujours été imprimés à Marseille…

XIVème siècle

Le Tarot de Charles VI retrouvé à la cour de Bologne ou Ferrare, Italie, date : 1393
Le premier Tarot Français, commandité par un Français et peint par un Français (Jacquemin Gringonneur) mais retrouvé en Italie.

 

 

XVème siècle

Le Tarot des Visconti-Sforza, Cour de Milan : 1450, imprimé : En Italie mais où ?
Un des premiers tarots italiens

Planche Visconti Sforza

 

XVIème siècle

Tarot de Catelin Geoffroy, 1557, imprimé à Lyon.
Il s’agit ici du premier Tarot Français qui ait été retrouvé en France incomplet : 38 cartes seulement furent retrouvées.
En réalité, bien que ce soit un Tarot Français, il est très éloigné du TDM car ses couleurs sont les faisans, les lions, les perroquets et les singes (sic) même si les atouts sont identiques aux TDM. De plus, l’arcane du Chariot porte le numéro 8 au lieu du 7, (comme vous le savez, dans le TDM 8 représente la justice).

Planche Catelin-Geoffroy

 

XVIIème siècle

Tarot de Jean Noblet, 1650, Paris.
Malheureusement incomplet, il lui manque 5 cartes sur 78, sinon c’est bien un TDM, tout y est. Le tarot de Jean Noblet a des dessins très primitifs qui donnent l’impression d’avoir été colorié à la main.

 

 

Tarot de Jacques Viéville 1650, Paris
Ce Tarot Français est très éloigné du TDM car si le jeu a été retrouvé complet, certains des dessins des arcanes majeures sont différents, quand ce n’est pas les numéros qui changent ou bien certaines lames identiques au TDM mais inversés comme si l’imprimeur avait été maladroit. Les lames ne portent pas de noms, n’ont pas de cartouches, on les identifie parce qu’on les reconnait.
Il semblerait que le nom de Jacques Viéville soit un pseudonyme comme la plupart des graveurs de l’époque.

Planche Viéville

 

Tarot de François Chosson, 1672, Marseille (le plus ancien de Marseille).
Enfin le premier TDM imprimé à Marseille retrouvé complet. Il s’agit bien du premier TDM jamais connu contrairement à ce que certains croient, il n’est pas de 1736 mais bien de 1672 comme l’indique son 2 de Deniers, Philippe Camouin a pu le prouver.

 

 

XVIIIème siècle

Tarot de Jean Dodal, début 1701, Lyon

Jean Dodal (allusion à “Dédale“) était Franc-Maçon et son nom était un pseudonyme de compagnonnage, ce qui explique peut-être les quelques bizarreries comme les quatre doigts de la main gauche et les six doigts de la main droite de Tempérance (qui a les seins nus ceci dit en passant) et toutes sortes de détails, le fou est renommé « le fol » entre autres, détails qui n’appartiennent qu’à ce jeu unique extrêmement appréciés, voire vénérés par les tarophiles. Il est vrai que c’est l’un des plus beaux et malgré le fait qu’il fut imprimé à Lyon (et non pas à Marseille) un des plus authentiques tarots de la lignée TDM. Comme le Noblet et le Viéville, il est restauré par feu Jean-Claude Flornoy et ses successeurs, Maître Cartier.

Planche Jean Dodal

Tarot de Pierre Madenié, 1709, Dijon.

Tarot François Héri 1718, Solothurn, Suisse.

Tarot de Jean-Pierre Payen, 1713, Avignon

Jean Pierre Payen

Un TDM, complet, très proche du Dodal, tellement que Jean Claude Flornoy pensait qu’il avait eu le même graveur, Jacques Mermé puis son fils Claude. Jean-Pierre Payen est le père de Jean Payen.

Tarot de Jean-Baptiste Madenié (fils et successeur de Pierre, de la même maison), 1739 Dijon.

Tarot de Jean Payen, 1743, Avignon
Quasi identique à celui de son père et comme son père, les dessins sont identiques au Dodal.

Tarot de François Tourcaty, 1745, Marseille.

Tarot dit de « Arnoult 1748 »
Il s’agit en fait d’un Tarot de Besançon.

Planche Tarot Arnoult 1748

 

Tarot de Rochus Schär, 1750, Mümlisvil, Suisse.

Tarot de Claude Burdel, Fribourg, 1751, Suisse.

Tarot de Nicolas Conver, 1760, Marseille.

Le premier véritable Tarot de Marseille produit à Marseille et qui a connu une certaine renommée et un certain succès commercial en France, les moules serviront pour le TDM de Paul Marteau. La Maison Conver deviendra par mariage la Maison Camouin.

Planche Nicolas Convers 1760

Tarot de Jacques Rochias, 1782, Neuchâtel, Suisse.

Tarot de Arnoux et Amphoux, 1793, Marseille.

XIXème siècle

Tarot d’Epinal, Pellerin & Cie, 1830, Epinal.

 

Tarot de Bernardin Suzanne, 1839, Marseille.
TDM authentique.

 

 

Tarot de Besançon réédition « Arnoult 1748 » Edition Lequart Paris en 1890.
C’est une réédition du Fameux Tarot de Besançon, élaboré en fait en Alsace à Strasbourg sous l’influence de la réforme protestante : le Pape et la Papesse furent remplacés par Junon et Jupiter et l’Hermitte par le Capuçin. Il se laïcisa également sous l’influence de Révolution Française, l’Empereur et l’Impératrice devenant respectivement « Le Grand-Père » et la « Grand-Mère ». Ce tarot eut une histoire compliquée, initié en Allemagne sous la Réforme, il migra en Alsace à Strasbourg où il fut plusieurs fois édité puis à Besançon pour finir par être imprimé à Paris.
A l’instar du Tarot de Jacques Viéville, le Tarot de Besançon est souvent considéré par les amateurs du Tarot de Marseille comme ne faisant pas partie de la lignée des Tarots de Marseille historiques, pourtant, en dehors de quelques arcanes majeures changées, la structure reste la même, tout comme son utilisation ludique ou divinatoire et il est évident que ce tarot ait été directement inspiré d’un Tarot de Marseille.

Planche Bernadin Suzanne

 

XXème siècle

Paul Marteau« Ancien Tarot de Marseille » Paul Marteau, 1930, Paris Grimaud.
C’est le TDM qui s’est le plus vendu dans le monde, durant tout le XXème siècle, car c’était le seul disponible pendant très longtemps, et c’est le plus connu et le plus utilisé dans l’exercice de la divination par les Tarots.
Très controversé parce que Paul Marteau prétendait reproduire le jeu de Nicolas Conver, alors qu’en dehors des dessins, ce n’était pas du tout le cas au niveau des couleurs et de certains détails passés à la trappe.
Quand le Nicolas Conver fut réimprimé bien plus tard, les Tarophiles se sont rendus compte de la supercherie, ce que Paul Marteau appelait « Ancien Tarot de Marseille » n’était que les dessins du Conver mais réduit à 7 couleurs à cause notamment du système industriel d’imprimerie qui ne pouvait pas en reproduire plus : le noir, le blanc, le rouge, le bleu, la couleur chair, le jaune, le vert, occasionnant dans certaines lames la disparition de certains détails, visibles dans le jeu Conver de 1760.

De nombreux tarologues se sont égarés à chercher des significations particulières en se basant sur les couleurs du Marteau, pensant à tort que le jeu devait être fidèle au vrai TDM, ce qui les a induit en erreur, à voir et à expliciter des pseudo significations ésotériques, là où il n’y en avait pas.
Pourtant, le TDM de Paul Marteau aussi imparfait soit-il, a le mérite d’avoir suscité de nouveau l’engouement commercial du TDM divinatoire, à une époque (1930) où l’intérêt pour le TDM était sur le point de s’éteindre définitivement. Le fait d’imprimer de façon industrielle le TDM a permis l’abaissement de son coût et lui a ouvert la porte de la popularité en le laissant entrer dans les foyers. Oui, il faut reconnaître que Paul Marteau a sauvé le TDM, ni plus ni moins.

Planche Paul Marteau

 

V. LES RESTAURATIONS

1) Restauration de Kris Hadar, 1996, Edition de la Mortagne, Boucherville, Québec

Il s’agit, mais c’est un avis que tout le monde ne partagera pas, de la véritable restauration du TDM, la plus probable, la plus crédible. Au niveau du dessin il reprend ceux du Conver mais au niveau des couleurs, sa palette ainsi que ses répartitions, ressemblent aux vieux TDM historiques, Dodal, Noblet, Chosson et Conver. Sa dominante de couleur fait ressortir plus de vert (ce qui le rapproche du Convers), et si on le compare au TDM de Marteau, sa palette est enrichie de 3 couleurs : le vert clair, l’orange et même le marron clair.
Certains détails figurant sur les Tarots historiques ont été restaurés, par exemple, le halo au dessus de la tête de l’Impératrice, il y a une multitude de petits détails restaurés, qui fait la force de cette restauration.
Les cartes sont plastifiées pour éviter l’usure, inconvénient du papier carton, et les endos ont ceci d’original qu’ils sont particulièrement attrayants et soignés : ils présentent des motifs fleuris aux couleurs chamarrées rouge, bleu, or, donnant envie aux consultants de saisir  les cartes, ce qui change considérablement des endos tristes et monochromes empruntés à la cartomancie ludique et qu’on trouve dans les autres TDM.

Endos de carte Kris HadarPlanche Kris Hadar

 

2) Restauration de Camouin/Jodorowsky.

Le TDM le  plus vendu dans le monde à l’heure actuelle juste derrière le Tarot de Paul Marteau  mais aussi le plus controversé. Cette restauration fait effectivement débat entre les tarologues et les tarophiles. Les réactions sont manichéennes : soit on adore, soit on déteste. Les dessins sont grosso modo ceux du Conver mais les couleurs font florès, environ 11, et c’est bien là le problème… les couleurs (et certains détails improbables) ! Outrancièrement kitsch, le tout à l’air d’un jeu dans le style propret au look « New Age » très caractéristique des produits marketés pour la vente en boutique ésotérique. Pour beaucoup, dont l’auteur de ces lignes, un Tarot qui est certes coloré et joyeux mais pas du meilleur goût quand on est habitué au charme suranné et à la patine des Tarots plus historiques.

Camouin Jodorowky restauré

Jodorowky détaille un peu la genèse de cette restauration dans son célèbre livre « La voie du Tarot », raconte que cette restauration a été faite à partir de centaines de tarots anciens retrouvés dans les musées, ou chez des particuliers à travers le monde, le tout photographiés et archivés  sous forme de diapositives lesquelles auraient été passées à la loupe d’un ordinateur surpuissant pour en saisir et recouper toutes les similitudes et différences, aussi bien dans le dessin que dans les couleurs. Pourtant si vous êtes un collectionneur aguerri et que vous possédez la plupart des tarots dans la lignée TDM historiques français comme un Noblet, un Dodal, un Viéville, un Payen, un Chosson, vous aurez beau chercher dans les couleurs et détails du jeu Camouin-Jodorowky restauré, des similitudes avec ces tarots historiques, certes vous en retrouverez quelques-unes  mais pas tous, comme cet œuf que couve l’Impératrice, bien présent dans le C/J mais que vous ne retrouverez dans aucun autre TDM.. En fin de compte,  vous ne serez pas complètement convaincu que cette restauration se rapproche même de l’esprit des premiers Tarots de Marseille perdus.

Certaines mauvaises langues iront jusqu’à dire que Philippe Camouin et Alexandro Jodorowsky ne se sont associés que dans un but mercantile  et que le succès de ce TDM, repose surtout sur une campagne marketing massive et bien orchestrée… Sans aller jusque-là, il est toutefois permis de remettre en question l’affirmation du binôme Camouin-Jodorowsky (qui après leur fructueuse collaboration, ont l’air d’avoir pris leur distance l’un de l’autre et  font désormais  comme s’ils ne se connaissaient plus au point qu’on se demande s’ils ne seraient pas à tout hasard fâchés), comme quoi leur TDM serait bien l’originel. En réalité, le Tarot restauré de C-J, n’est qu’un   pot-pourri de tous les tarots historiques et c’est bien là son défaut. Pour que vous compreniez mieux, prenons par exemple, la recette de la bouillabaisse : ce n’est pas parce que vous mélangez plusieurs recettes anciennes de ce célèbre mets, que vous en faites la synthèse, que vous retrouverez pour autant la recette originelle….

Philippe Camouin et Alexandro Jodorowsky

VI. Conclusion

Le tarot de Marseille est une création française totale datant du XII ème siècle, une fusion faite à partir de deux systèmes, celui des cartes à jouer d’origine Mamelouk auquel s’est rajouté un groupe de cartes appelés « triomphes » recréés, remaniées et harmonisées en tenant compte des arcanes mineures. Non,  il ne s’agit pas d’une greffe mais d’ une création originale à partir d’un métissage.  On ne peut pas prétendre écarter les jeux de naïbes dans l’histoire du tarot de Marseille tant la division, les couleurs, les figures ainsi que les 10 cartes numérales, sont quasi identiques dans les deux jeux. Le Tarot de Marseille et l’histoire des cartes à jouer  sont indissociables, quoi qu’on en pense et quoi qu’on en dise.

Quand aux idées que véhiculent les arcanes majeures, qui mériteraient qu’on leur consacre ici des pages entières, celles-ci n’ont pas d’âge, elles sont aussi vieilles que la pensée humaine. Transmises par des images et des symboles, celles-ci ont fait un long voyage dans le temps. Il est très probables que les 22 lames aient été créées dans un but métaphysique et mises à l’abri de l’ignorance des masses pour réussir à sauvegarder des savoirs considérés dangereux à mentionner par écrit, ou tenus secrets par les alchimistes, les cabalistes entre autres. Seuls les initiés pouvaient en comprendre le symbolisme et le langage et en transmettre le savoir.

Arcane Le Monde
 
Auteur de l’article : Patrice , voyant et tarologue.
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